Botanique sur un talus routier

Lorsque la déviation de Contres (Loir et Cher) a été créée la départementale 956 devait passer par la « Côte Rotie », plutôt que de suivre le dénivelé, les travaux ont entaillé la butte, permettant de s’affranchir du relief du terrain, et créant deux talus.

La route traverse ici un sous-sol constitué de faluns.

Les faluns sont composés d’un sable quartzeux coquillier déposé par la dernière transgression marine sur la France au Miocène (Langhien) il y a 16 millions d’années. Ils donnent des terrains drainants favorables à la culture d’asperges, cornichons, fraisiers …

Ce sont donc les faluns qui affleurent sur les deux talus de la « Côte Rotie », l’un exposé au nord-est, l’autre exposé  au sud-ouest, c’est ce dernier qui nous intéresse ici.

Passant régulièrement sur cette route en pleine zone industrielle, je n’avais jamais pris le temps de m’y arrêter jusqu’à ce 21 avril 2025.

J’y ai découvert une cinquantaine d’espèces dont trois remarquables.

C’est une Caryophyllacée annuelle, reconnaissable à ses pétales roses couronnés d’écailles blanches à la gorge et à son calice fructifère renflé, velu et muni de 30 nervures bien marquées.

Déjà connu dans le secteur de Contres-Sassay autrefois (dernière mention en 1838 !) le Silène conique est signalé très rare et en danger sur la liste rouge régionale, il n’y a que cinq stations connues en Loir et Cher, il est en forte régression dans toute la région Centre-Val de Loire.

Ce site est d’autant plus remarquable qu’il abritait une population dépassant le millier d’individus.

             Silene conica

               Silene conica

Petite Fabacée annuelle velue caractérisée par ses gousses épineuses épaisses et ses pédoncules floraux terminés par une arête.

Comme la précédente, la Luzerne rigide est signalée très rare et en danger sur la liste rouge, elle est également en forte régression en région Centre-Val de Loire, mais c’est une espèce discrète qui peut facilement passer inaperçue, elle est à rechercher dans les milieux favorables.

Quatre autres stations sont connues en Loir et Cher, toutes dans la vallée de la Loire. Je n’en ai compté que six pieds.

        Medicago rigidula

          Medicago rigidula

Brassicacée bisannuelle de petite taille aux minuscules fleurs jaune-pâle puis blanchâtres, à sépales dressés persistants.

Bien présent en Indre et Loire et dans le Cher, il est très rare dans le reste de la région et noté quasi menacé sur la liste rouge.

Sept stations sont connues en Loir et Cher, celle de Contres est remarquable, elle comptait plusieurs centaines de pieds ce 21 avril 2025.

                                            Alyssum alyssoides et Sedum acre

Ces trois espèces sont caractéristiques des sols sableux calcaires, très pauvres en éléments nutritifs et très secs  tels que les faluns. Elles dépendent par contre des précipitations hivernales pour leur germination et ne sont pas présentes en nombre chaque année. Elles sont toutes les trois des déterminantes ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique)

Il faut noter qu’elles ne sont pas présentes sur le talus exposé au nord-est.

Deux autres espèces présentes sur le site sont peu fréquentes :

Astéracée, arbrisseau surtout présent dans les vallées de la Loire et du Cher, sur sables peu acides à calcaires, secs à très secs, pauvres en éléments nutritifs.

Plantaginacée annuelle, dispersée sur substrats variés non acides et secs.

En période humide le sol est caché par une petite mousse formant des tapis épais jaune-brunâtre sur plusieurs m2, c’est Syntrichia ruraliformis, mousse fréquente dans ce type de milieu. En période sèche elle se recroqueville, apparaît très sombre et laisse entrevoir le sol.

Syntrichia ruraliformis

Aspect du talus

Ce talus routier est donc un site botanique remarquable qui n’est pas menacé actuellement. La flore constituée d’un grand nombre d’annuelles qui disparaissent en été, et de vivaces basses et tapissantes pour la plupart, ne semble jamais fauché. Seuls quelques pieds de Genêts seraient à surveiller, mais la présence de calcaire dans les faluns devrait limiter leur expansion.

Bibliographie :

Découverte géologique du Loir et Cher   C.Le Doussal    CDPNE

Atlas de la flore du Centre-Val de Loire.      biotope EDITIONS

J.Cordier, R.Dupré, S.Bellenfant, S.Gautier        

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